En ce moment, la direction d’Air Transat est à réfléchir à ce qu’elle fera pour remplacer sa flotte vieillissante d’A310. Les options de la direction sont les suivantes : une mise à niveau des A310, le remplacement par des B767, B777 ou A330 usagés, ou encore l’achat d’avions tout neufs. La mise à niveau semble déjà exclue, puisque les A310 sont des avions qui ne vieillissent pas très bien. L’autre option serait d’y aller avec des B767 usagés qui, contrairement aux A310, ont une durée de vie beaucoup plus longue et demeurent des appareils fiables et rentables malgré l’âge. Mais la bonne performance des vieux 767 pose un problème pour les compagnies comme Air Transat, car très peu sont à vendre et les prix sont élevés. Air Canada, qui a transféré les siens à Rouge, est un bon exemple de ce que font les compagnies avec leurs B767 qui vieillissent. Le B777 est un autre avion qui vieillit bien lui aussi; il a une distance franchissable légèrement supérieure à celle de l’A330 et peut aussi transporter quelques passagers de plus. Mais le plus gros avantage du B777, c’est sa grande capacité de cargo au pont inférieur. Comme la plupart des compagnies aériennes, Air Transat a besoin du fret pour assurer sa survie. Le B777 est rentable non seulement sur les longs trajets, mais aussi sur de moyennes distances grâce à sa capacité de cargo. Mais avec le B777, le problème est le même qu’avec le B767 : les appareils sont encore rentables malgré l’âge et les compagnies refusent de s’en départir. L’option d’y aller avec des A330 usagés peut sembler intéressante parce qu’elle permettrait à Air Transat de réduire sa flotte à deux types d’appareils seulement et d’engendrer des économies dans la formation entre autres. Mais l’A330 ne fait tout simplement pas le poids face au B777, et bien qu’Airbus n’ait pas encore définitivement pris la décision de mettre fin à sa production, cela ne saurait tarder.
Air Transat n’est pas une compagnie qui a l’habitude d’acheter du neuf. Elle a toujours préféré laisser les autres absorber l’importante dépréciation des premières années des avions neufs. Mais si elle avait la possibilité de mettre la main sur des appareils neufs à un prix déprécié, probablement qu’elle pourrait se laisser tenter. Dès 2019, Boeing commencera à produire le nouveau B777X sur sa ligne d’assemblage. La ligne de production du B777 assemble actuellement environ 100 B777 Classiques par année. Afin que la chaîne de production du B777 continue de produire au même rythme jusqu’au début de la production de la nouvelle version du triple 7, il manque à Boeing plus de 150 commandes fermes de B777 Classiques. Mais qui voudrait payer un B777 d’ancienne génération au plein prix en 2018, tandis que la nouvelle génération, plus économique à exploiter, sera disponible en 2019? Boeing a déjà annoncé une baisse dans la cadence de production des B777 en 2016, et si aucune nouvelle commande ne survient en 2015, elle devra se résoudre à vendre ses derniers B777 Classiques à perte plutôt que d’avoir à faire face à un très coûteux arrêt de production. Air Transat possède actuellement neuf A310 et douze A330. Si elle décidait de tous les remplacer par une vingtaine de B777, elle disposerait d’un certain pouvoir de négociation face à Boeing. Il y a aussi le fait que Boeing semble avoir fait du Canada sa chasse gardée. Vous souvenez-vous de la date de la dernière commande d’un Airbus faite par une compagnie canadienne? Le Canada serait donc en train de virer Boeing. Sans compter que pour ne pas trop réduire le prix de ses avions neufs, Boeing aurait l’option d’offrir à Air Transat de racheter ses A330 au gros prix. Quand Air Canada a passé sa commande de B737, Boeing a racheté des Embraer d’Air Canada. Je pense qu’Air Transat sera la prochaine compagnie canadienne à sortir les avions d’Airbus de sa flotte pour les remplacer par des Boeing neufs ou usagés. Il ne restera alors plus qu’Air Canada comme exploitant d’avions Airbus au Canada – on pourra alors commencer à parler d’Airbus et du froid canadien.

