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Aero Nouvelle

Bombardier devrait-elle fermer l’usine de Toronto?

Aero Nouvelle

 

 

Dans le bras de fer qui oppose le clan Beaudoin-Bombardier au clan de Bay Street, le gouvernement canadien a choisi de se faire le défenseur des intérêts des financiers plutôt que des intérêts réels de l’industrie aérospatiale. Si la question des actions à droit de vote multiple est au cœur des débats, l’enjeu principal est bel et bien l’avenir de Bombardier au Québec. Car si la famille Beaudoin-Bombardier devait céder sur la question des actions à droit de vote multiple, cela voudrait dire que les décisions concernant le sort des usines québécoises de Bombardier seraient désormais entre les mains des financiers de Toronto. Cela m’amène à poser la question suivante : est-ce que le clan de Bay Street est le mieux placé pour défendre les intérêts de Bombardier au Québec et de l’industrie aérospatiale québécoise?

 

Quand on sait à quel point le sort de l’industrie aérospatiale québécoise est justement lié à la destinée de Bombardier, confier la majorité des votes de Bombardier au clan de Bay Street, c’est s’assurer que le sort de toute l’industrie aérospatiale québécoise avec ses 40 000 emplois soit contrôlé à Toronto. Alors que la région de Montréal connait un taux de chômage de plus de 11%, est-il souhaitable que les décisions concernant une industrie aussi névralgique que l’aérospatiale soient prises à Toronto? Au cours des trente dernières années, le Québec s’est doté d’une industrie aérospatiale qui suscite de l’admiration et de l’envie partout à travers le monde et visiblement au Canada aussi.

 

Pour ma part, je refuse de croire que d’en confier le sort à des envieux de l’extérieur soit une solution viable. C’est pour cette raison, à mon avis, que la famille Beaudoin-Bombardier ne doit pas céder aux pressions contre les actions à droit de vote multiple. Mes craintes sont aussi alimentées par le fait qu’en Ontario, tout le monde n’en a que contre les actions à droit de vote multiple et personne ne semble se soucier du manque de productivité chronique de la chaine de montage du Q400. Car si Bombardier cherche par tous les moyens à réduire les coûts de production de son seul avion à turbohélice, je n’ai entendu personne à Bay Street ou à Ottawa prendre la défense de la compagnie dans ce dossier. Or les employés torontois de l’entreprise ont refusé l’automne dernier des aménagements dans leurs conventions collectives qui auraient permis des gains de productivité. De la manière dont se déroulent les négociations entre Bombardier et le gouvernement canadien, des garanties sur le maintien des emplois à Toronto font probablement partie des conditions du côté gouvernemental. Or accepter ces conditions équivaudrait à accepter le piètre rendement de la chaine d’assemblage du Q400 et les ventes perdues en raison de son prix trop élevé. Si une aide ponctuelle d’un milliard de dollars peut être utile, elle ne fait pas le poids contre des pertes récurrentes de plusieurs centaines de millions en ventes perdues.

 

Étant donné le manque de soutien évident de la part de Bay Street et d’Ottawa, les gains de productivité sont impossibles dans la région de Toronto. Bombardier n’aura donc aucun autre choix à moyen terme que de déménager la chaine de production du Q400 là où elle aura plus de chance d’être rentabilisée. En déplaçant la production du Q400 hors de l’Ontario, Bombardier aurait beau jeu d’externaliser la fabrication des composantes qu’elle ne veut plus faire elle-même et de se concentrer sur son rôle d’intégrateur. Cette fermeture lui permettrait alors de se libérer de ses obligations contractuelles sur le plancher d’emplois, puisque Bombardier n’a en ce moment aucune obligation de maintenir la production dans la région de Toronto.

 

Mais Bombardier ne pourrait pas s’en tenir qu’au déplacement de la production du Q400, puisque la réduction des activités que cela entrainerait à l’aéroport de Downsview, qui est la propriété de Bombardier, en ferait un aéroport beaucoup trop onéreux à garder ouvert. La solution serait alors de déplacer aussi la production du Global et de tout simplement fermer l’aéroport pour en vendre les terrains. Étant donné la valeur élevée des terrains, les revenus que Bombardier en tirerait seraient probablement suffisants pour compenser les frais de relocalisation. L’entêtement du gouvernement canadien pourrait donc pousser la direction de Bombardier vers des solutions draconiennes afin de voir à sa survie et à sa rentabilité à long terme.

 

Si Bay Street et Ottawa ont fait leur choix et veulent que l’industrie aérospatiale canadienne soit dirigée à partir de Toronto, alors le gouvernement du Québec doit nous dire s’il accepte ce choix ou s’il va défendre les intérêts de l’industrie aérospatiale québécoise. Si Québec souhaite vraiment que Bombardier reste aux Québécois, il ne devrait avoir aucune hésitation à lui donner le coup de pouce nécessaire pour qu’elle déplace ses usines torontoises dans la région de Montréal, qui en a tant besoin. 

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