Je reprends ce texte que j’avais publié le 13 juin dernier.
Après avoir écrit le texte d’hier au sujet de la guerre que livre Airbus au C Series, je me suis posé la question à savoir combien cela avait coûté à Airbus.
Je n’ai pas été en mesure d’obtenir de chiffres précis. J’ai donc dû faire des extrapolations et être imaginatif, mais l’hypothèse que j’ai échafaudée tient la route. Pour obtenir une réponse, j’ai commencé par chercher le nombre d’A320 qu’Easyjet, Vueling et Air Asia ont commandé à Airbus : le total dépasse les 300 avions. Sur ce nombre, supposons qu’environ 50 avions auraient pu être des commandes de CS300. Le prix catalogue à l’époque pour le A320 était de 96 millions de dollars. Selon ce qu’avait publié Airinsight.com en mars, Airbus aurait vendu ses A320 dans le bas de la trentaine de millions de dollars. Je prendrai donc 35 millions comme prix de vente. Cela veut dire qu’Airbus aurait consenti 61 millions de dollars d’escompte par avion multiplié par 50, ce qui donne 3,05 milliards de dollars d’escompte. Même en coupant ce chiffre en deux, cela donnerait tout de même plus de 1,5 milliard. Est-ce que quelqu’un va demander à la direction d’Airbus de s’expliquer à ce sujet?
En janvier, la stratégie d’Airbus semblait avoir fonctionné; les faibles liquidités de Bombardier commençaient à faire la manchette dans les pages financières des quotidiens. Le C Series ne se vendait pas bien et avait mauvaise presse dans les revues spécialisées. Mais la nomination d’Alain Bellemare à la place de Pierre Beaudoin a amené un vent de changement. Le financement qui semblait poser problème s’est fait avec une facilité déconcertante et avec en prime presque un milliard de plus que prévu. Puis Bombardier a commencé des démarches pour vendre une partie de sa division Transport, ce qui pourrait lui rapporter au bas mot 2,5 milliards de dollars. Le plus dur coup que recevra Airbus sera sans aucun doute le dévoilement des performances, bien meilleures que prévu, du C Series.
Alors qu’elle pouvait espérer avoir gagné la guerre en janvier dernier, la direction d’Airbus se retrouve devant un adversaire regaillardi aux finances solides et l’ombre du CS500 qui, tel un épervier, plane au-dessus de l’A320neo. À la manière dont vont les choses en ce moment, pour que l’A320neo reste compétitif face au C Series, Airbus devra peut-être se résoudre à le vendre au Dollarama.

