Au cours de la dernière année, on a souvent entendu parler du carnet de commandes du C Series et de l’absence de grandes compagnies dans la liste. Avec les deux commandes que le C Series a remportées cette année aux dépens de l’E2 (moins de deux semaines avant l’annonce officielle, Leehamnews.com affirmait qu’Embraer espérait encore décrocher la mise), j’ai commencé à m’intéresser aux carnets de commandes des deux concurrents.
Avant de parler de l’E2, parlons de son ancêtre, l’E-Jet : C’est en 1999 qu’Embraer a lancé le programme E-Jet avec les E170 et E175, qui pouvaient transporter dans les 80 passagers et qui ont fait leur entrée en service en 2004. L’E190, qui est une version allongée, est entré en service en 2005, suivi de l’E195 en 2006. Cette gamme d’avions a connu un succès commercial et aura été produite à plus de 1400 exemplaires quand l’E2 prendra sa place. Le succès de l’E-Jet a permis à Embraer de prendre le dessus sur Bombardier dans le domaine des jets régionaux et sur le CRJ. L’E190 et l’E195 comptent 54 compagnies aériennes comme clients et, au total, l’E-Jet sert plus de 60 clients, dont plusieurs grandes lignes aériennes. Mais en 2011, alors que l’E-Jet ne vole que depuis à peine huit ans, Embraer annonce une version remotorisée qui sera appelée l’E2 pour faire face à la concurrence du C Series qui s’en vient.
Parlons maintenant du carnet de commandes des deux belligérants. J’ai utilisé la liste officielle des deux compagnies au 31 mars 2016, mais j’ai ajouté la commande de Delta, puisqu’elle est signée, ainsi que la conversion de sept options en commande ferme d’Air Baltic. Le C Series compte maintenant 325 commandes fermes de 15 clients différents, dont Delta, Korean et Lufthansa-SWISS comme clients d’envergure, et c’est sans compter Air Canada, qui se joindra au groupe. De son côté, l’E2 compte sur un total de 267 commandes fermes. Par contre, l’E2-175 a une commande ferme de 100 appareils de la part d’un seul transporteur régional, Skywest. L’E2-190 et l’E2-195 ont obtenu 167 commandes fermes avec seulement six clients, mais aucune commande provenant d’une compagnie aérienne d’envergure. Ce qui me surprend encore plus, c’est qu’après le succès commercial de l’E-Jet, Embraer ne semble pas capable de retenir ses clients pour l’E2. Si j’ajoute qu’une compagnie comme Air Canada, qui a tendance à garder ses avions 20 ans, a pris la décision de se départir de ses E190 en 2014, alors qu’ils n’avaient pas encore sept ans d’âge moyen, je commence à croire que c’est Embraer qui est en difficulté.
Si l’E2 devait perdre la commande de JetBlue aux mains du C Series ou de l’A320, il faudra vraiment se questionner sur la faiblesse de son carnet de commandes.
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