Dans les années 70, les ingénieurs de Lufthansa avaient mis au point une formule astucieuse pour déterminer à quel moment un appareil devait être retiré de la flotte, une formule basée sur le poids à vide de l’avion (sans le carburant, les passagers et le cargo, mais en état de voler). Chaque fois qu’une réparation est faite sur le fuselage ou des composantes structurelles d’un avion, cela ajoute du poids à ce dernier. Par exemple, si une réparation est faite sur le revêtement de l’aile, il faudra un nouveau morceau de revêtement par-dessus l’ancien, et avec des rivets. Comme le poids d’un avion est l’un des facteurs les plus importants pour déterminer sa consommation de carburant, Lufthansa tenait donc compte de chaque ajout de poids fait sur un avion et savait, pour un type d’avion en particulier, à quel moment cet avion n’était plus suffisamment rentable pour être gardé dans la flotte. Les avions étaient donc retirés, sans égard à l’âge, en fonction de leur poids spécifique. Pour un avion dont la masse à vide est de 100 000 livres par exemple, une variation de 0,4% ou 400 livres pourrait justifier la mise au rencart. Quatre cents livres, c’est l’équivalent de deux passagers clandestins à chaque vol. Comme je l’ai déjà dit et je vais le redire encore, la marge bénéficiaire des compagnies aériennes étant d’à peine 1% ou 2%, tous les points de pourcentage économisés comptent. La méthode des ingénieurs de Lufthansa aura été très utile à l’entreprise quand le deuxième choc pétrolier est survenu au début des années 80. La masse à vide d’un avion a donc une importance quand vient le temps de déterminer la durée de vie utile d’un appareil (son espérance de vie), d’où mon utilisation de l’expression « poids santé ». De nos jours, les compagnies aériennes disposent de suffisamment d’information pour suivre la consommation d’un avion au quotidien, et le poids continue d’être un facteur déterminant.
Dans la brochure du C Series, Bombardier donne les informations sur le poids maximum au décollage et la charge utile de son avion. Mais il n’y a aucune référence quant à la masse à vide du C Series. De mon côté, j’ai essayé d’obtenir à gauche et à droite des informations sur les performances et sur le poids du C Series. Il semble que Bombardier ait mis le couvert sur la marmite des rumeurs. Je n’ai pas réussi à obtenir la moindre parcelle d’information à ce sujet. Tous les contrats d’achat d’avion par des lignes aériennes font mention d’une masse à vide à ne pas dépasser. C’est encore plus vrai dans le cas d’un avion en développement. Si le poids à vide n’est pas un sujet de conversation fréquent dans les médias, il en est un de très grande importance pour les compagnies aériennes. SWISS étant une filiale du groupe Lufthansa, vous pouvez parier que ce client suit de près le poids de l’avion avec l’attention d’un diététiste obsédé. Comme il semble que Bombardier se soit gardé une marge de manœuvre dans toutes les prévisions de performances du C Series, il est fort probable que le poids à vide réel du C Series soit inférieur au poids prévu. Je m’attends donc à ce que le C Series ait un poids santé.

