Le C Series est un projet structurant
C’est avec beaucoup de plaisir que je vous présente ce premier texte écrit par l’auteur du blogue verovenia, qui conservera son nom de blogueur lorsqu’il écrit sur ce site. Sa contribution sera sans doute grandement appréciée de nos lecteurs, surtout qu’il s’agit d’un ingénieur en aéronautique qui compte plus de 25 ans de métier. Bonne lecture à tous.
Introduction
Tout d’abord, je tiens à remercier tous ceux qui m’ont permis de m’exprimer sur la plateforme aeroemploi.ca. Je suis honoré de pouvoir écrire mes pensées et opinions en français.
Je souhaite vous prévenir dès le début que les chiffres avancés dans mes articles ne sont pas les résultats de calculs savants mais des ordres de grandeur.
Ce type d'approche, qui consiste à ne pas focaliser sur des détails, permet d’avoir plus facilement une compréhension globale du sujet abordé.
Ce premier article sera une introduction très générale à l'univers de l'aéronautique québécoise.
La réalité aéronautique québécoise
Les discussions de l’aéronautique québécoise tournent souvent autour du C Series, le nouvel avion de Bombardier. En réalité, l’industrie aéronautique dans le bassin économique montréalais est bien plus vaste que ça et elle existe depuis fort longtemps. Je m’en suis rendu compte quand j’ai commencé à chercher du travail après avoir subi le récent licenciement collectif.
Il semble qu’il y a une volonté de la part des pouvoirs publics de promouvoir des activités économiques liées à l’aéronautique. Il y a des "joueurs" de longue date comme Bombardier Aéronautique, Pratt & Whitney Canada ou Rolls-Royce, mais je constate qu’il y a aussi d’autres entreprises qui se sont implantées plus récemment comme Bell Helicopter, Safran (Labinal), Stelia, et probablement quelques autres dont je n’ai pas le nom en tête.
Habituellement, la présence de grosses entreprises aéronautiques entraîne le développement d’autres entreprises, qui sont généralement des fournisseurs directs de ces grosses sociétés, mais elles peuvent également être des sociétés de services industriels comme des sociétés de traitement de déchets industriels ou de recyclage. Cela pourrait être aussi simple que des sociétés de services de nettoyage ou de gardiennage.
Il est évident qu’il ne faut jamais oublier que ces employés prennent le repas sur leur lieu de travail, donc il y a une demande de restauration de collectivité.
On peut dire tout simplement que l’industrie aéronautique est aussi un moyen de créer des emplois dans beaucoup de secteurs directement ou indirectement adjacents.
Et le C Series dans tout ça?
Eh bien, c’est une très bonne question. Les avions régionaux sont restés très longtemps hors de mon radar, tout simplement parce que je ne m’y étais jamais vraiment intéressé, jusqu’au moment où j’ai atterri au Québec, il y a à peu près six ans.
La gestation du C Series a été très longue. Si je ne me trompe pas, le commencement était appelé BRJX. Si vous souhaitez en savoir plus, la page Wikipédia du Bombardier C Series détaille très bien son évolution.
À mon avis, le C Series est l’un des plus gros projets structurants de l’aéronautique québécoise. Cet avion est juste la partie la plus exposée de l’ensemble d’activités économiques qui l’entourent. Si on veut faire une analogie, on pourrait éventuellement le comparer à la partie visible de l’iceberg.
Si tout se passe bien, je crois que le C Series va devenir la plus grosse locomotive de l’industrie manufacturière au Québec. Juste pour vous donner une petite idée, j’ai été témoin de la progression fulgurante du bassin économique toulousain en France. À mon arrivée à Toulouse au début des années 1980, Toulouse était une petite ville assez tranquille. Airbus Industrie - c'était le nom d’Airbus à l’époque - avait peut-être treize ou quatorze ans. Airbus livrait à peine cent avions par an jusqu’à la fin des années 1980 alors que le programme des Airbus a commencé à la fin de 1970. Il a fallu presque vingt ans pour qu’Airbus arrive à cent avions par an.
Aujourd’hui, Airbus livre à peu près cinq cents avions par an. C’est énorme.
Revenons à nos moutons. Le C Series va normalement entrer en service cette année et la production va probablement augmenter au fil des mois. Je pense que quand la production sera de mieux en mieux rodée, cela va attirer l’implantation des sociétés de sous-traitance aussi bien pour la fabrication des pièces et des sous-ensembles que pour la fabrication de sièges et d'autres composants de la cabine. Comme déjà mentionné ci-dessus, il y aura sans doute des sociétés de services qui vont se développer. Cela pourra être des sociétés de service informatique technique, des bureaux d’études ou autres. Je ne suis pas assez expert en matière de développement économique pour pouvoir vous détailler tout ce qui pourrait se passer si le C Series réussit (et il va réussir!).
Investissement du Canada
Pour être honnête, même si je n’ai pas la citoyenneté canadienne (pas encore), mon opinion est que les gouvernements provincial et fédéral peuvent se permettre d’investir. L’effet de levier de cet investissement sur le développement économique local est énorme. Chaque dollar investi va générer beaucoup de dollars en termes d’activité économique. Je ne fais qu’exprimer mon opinion, mais je trouve que ce serait dommage de ne pas donner le coup de pouce qui permettrait de pérenniser les activités dans le secteur.
Des fois, l’investissement doit aussi venir sous une autre forme. Je vais illustrer ceci avec une histoire très personnelle en guise d'exemple :
Il y a quelques années, je suis devenu un consultant indépendant en France. Le nom de mon entreprise comportait le mot "aerospace". Comme toute entreprise, on doit avoir une assurance de responsabilité civile. Essayez d’imaginer mon désarroi quand la société de courtage d’assurance m’a dit que pour le secteur aéronautique, il me fallait une couverture de responsabilité de quelques millions de dollars. Ma prime d’assurance demandée était donc de trois mille huit cents euros par an. Sans oublier que je n’avais même pas commencé à générer des profits!
Le seul moyen qui était à ma disposition était donc de travailler comme sous-traitant de deuxième niveau. Je ne vous fais pas de dessin sur le niveau de rentabilité de mon "entreprise".
J'utilise cette expérience personnelle pour expliquer pourquoi je pense que les éventuelles petites entreprises qui se développeraient autour du projet phare qui est le C Series pourraient très bien rencontrer ce type de problème.
D’où l’idée que l’aide du gouvernement pourrait aussi venir sous forme de garantie pour remplacer l’assurance jusqu’au moment où l’entreprise ou le groupement d’entreprises deviendrait assez rentable pour assumer sa responsabilité vis-à-vis de l’assurance. Ou peut-être que le gouvernement pourrait aussi devenir le "réassureur des assurances". Mais je ne développerai pas davantage sur ce point, car je ne suis pas un expert dans ces domaines.
Y a-t-il un marché pour le C Series?
Si le C Series doit être considéré comme un projet structurant de la future aéronautique québécoise, alors la question qui se pose est évidemment : "Y a-t-il un marché pour le C Series?"
Ben voyons, évidemment. Il y a un marché pour le C Series. Si vous n’en êtes pas convaincus, je vous invite à lire un article dans mon blogue anglophone qui développe cette opinion; examinez bien les planches, vous allez voir qu’il y a bien un marché pour un avion de 110 à 150 places.
https://verovenia.wordpress.com/2015/07/01/is-there-a-room-for-the-cseries/
Vero Venia
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