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Aero Nouvelle

Que fera Porter en 2016?

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La semaine dernière, le président de Porter Airlines Rob Deluce a donné une entrevue sur le réseau BNN à propos des projets de son entreprise en 2016. Bien que M. Deluce se soit montré très évasif quant au plan de Porter Airlines, voici ce que j’ai été en mesure d’en tirer.

 

Porter ne serait pas à vendre selon M. Deluce. Bien que je le croie sincère, il ne serait pas le premier homme d’affaires à devoir s’expliquer d’avoir vendu son entreprise alors qu’il avait affirmé le contraire. Il faut se rappeler que les affaires sont les affaires et que même une entreprise qui n’est pas à vendre peut être vendue si le prix offert est nettement supérieur à sa valeur. Ce que M. Deluce veut dire, c’est qu’actuellement, il travaille à d’autres projets. Par contre, depuis la vente du terminal de l’aéroport Billy-Bishop, la valeur de Porter Airlines a bondi en flèche et elle n’est pas un achat à la portée de toutes les bourses. WestJet, qui est aux prises avec un net ralentissement dans l’Ouest canadien, a certainement élaboré un scénario d’acquisition de Porter. Elle n’y aurait pas pensé que je serais très surpris, car cela fait partie du cadre normal des évaluations stratégiques que doit faire une entreprise. Maintenant, il s’agit de savoir si la transaction pourrait être avantageuse pour l’acquéreur, et visiblement ça ne semble pas être le cas présentement. Du côté d’Air Canada, je serais très surpris qu’elle manifeste le désir de se débarrasser de la concurrence que lui fait Porter en l’achetant. Faire l’acquisition d’un concurrent rentable ne fait pas partie de ses traditions. Une bataille bien rangée lui ressemble plus.

Par contre, je me demande si, en s’opposant aussi activement à la venue des avions à réaction à l’aéroport de Toronto Island, Air Canada a fait le bon choix. Quand Porter Airlines a fait la demande pour l’agrandissement des pistes et pour obtenir l’autorisation de faire atterrir des jets à l’aéroport de Billy-Bishop, l’entreprise avait une dette de près de 300 M$ et avait besoin de prendre de l’expansion afin de garantir sa survie. Pour Air Canada, le choix de bloquer l’expansion de Billy-Bishop, et de Porter Airlines par le fait même, semblait une décision facile à prendre. Mais à cette époque, Air Canada n’avait aucune idée de la valeur réelle des installations aéroportuaires que Porter s’apprêtait à mettre en vente. Selon différents articles parus dans les médias torontois, après que Porter a vendu son aéroport, les acheteurs ont fait inscrire une hypothèque de 550 M$ sur les actifs aéroportuaires. Si cela ne garantit pas que Porter a reçu la somme de 550 M$, cela explique pourquoi il n’y a plus aucune dette d’inscrite au nom de Porter Airlines. Comme Porter est une entreprise à capital fermé, il n’est pas possible de savoir combien de liquidités elle possède.

 

Les installations de l’aéroport de Billy-Bishop sont actuellement près de leurs limites d’utilisation. Porter devra se tourner vers d’autres solutions si les pistes ne peuvent pas être agrandies et si les jets n’y sont pas autorisés. Tant que Porter continuera à opérer à partir du centre-ville de Toronto, sa clientèle sera toujours régionale et continentale avec le C Series. Certainement qu’elle peut gruger dans le chiffre d’affaires d’Air Canada, mais pas plus.

 

Pour Air Canada, l’aéroport Pearson est une plaque tournante où les vols internationaux sont alimentés par son vaste réseau national et régional. Elle est le seul transporteur canadien pouvant compter sur un solide réseau à la fois international et national. Cela lui confère un très grand avantage qu’elle protège. Donc même si Air Canada a perdu une partie de sa clientèle régionale au profit de Porter, sa très rentable clientèle pour les destinations internationales n’est actuellement pas en péril avec la présence de Porter à Billy-Bishop.

 

Porter, qui offre habituellement les meilleurs prix, se vante d’être rentable avec un taux d’occupation aussi bas que 49%. Elle n’a plus de dette, les boissons et les repas sont encore inclus dans le prix de base du billet, ce qui veut dire qu’en cas de guerre de prix, elle aura encore beaucoup de marge de manoeuvre. Elle peut aussi compter sur une flotte de 26 appareils Q400 qui sont maintenant entièrement payés et dont la moyenne d’âge n’est que de six ans. Une des options qui pourrait s’offrir à Porter en cas de défaite sur l’île de Toronto serait de sortir de Billy-Bishop et de prendre une entente avec un transporteur international afin de vendre des billets en code partagé. Porter et son partenaire ne seraient pas obligés de s’installer à Pearson, car : Ottawa, Montréal, Hamilton, Québec sont autant d’aéroports dans l’est capables et surtout désireux de servir de plaque tournante. Avec 26 Q400 et une trentaine de C Series, Porter serait en mesure de fournir un bon réseau national à un partenaire d’importance et de desservir n’importe quelle ville canadienne. Sa structure de coût très bas et son excellent service en font un partenaire de choix pour un transporteur étranger qui voudrait prendre assise au Canada.

 

En fait, tant que Porter limite ses activités à Billy-Bishop, les dommages qu’elle peut faire dans la clientèle d’Air Canada sont limités. Mais si l’expansion de Porter devait se faire à l’extérieur de sa petite île, qui sait où se situerait la limite des dégâts qu’elle pourrait causer. Pour Air Canada, vaut-il mieux un peu de concurrence sur l’île de Toronto ou une féroce opposition ailleurs? Surtout que maintenant, Air Canada a l’option de faire l’acquisition de CS100 qu’elle pourrait déployer elle aussi à Billy-Bishop.

 

Au cours de son entrevue, M. Deluce n’a pas fermé la porte à ce que Porter procède avec un appel public à l’épargne. Pour Porter, la question est de savoir combien pourraient rapporter la mise en vente d’actions et l’inscription en bourse. Cela pourrait lui fournir les liquidités suffisantes pour faire l’achat de quelques C Series sans avoir à s’endetter de nouveau. Mais comme les 26 Q400 que possède Porter ont une valeur marchande de plus de 200 M$, qui sait combien pourrait obtenir la compagnie avec une inscription en bourse. Avec des liquidités de plus de 100 M$, Porter verrait toutes les portes s’ouvrir devant elle. Je dis bien toutes. Ce que fera Porter en 2016 pourrait avoir un impact majeur dans le ciel canadien.

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